Colloque « Après la crise: justice, institutions, médias », 8-10 septembre 2021

 

APPEL À COMMUNICATIONS

Après la crise : Justice, Institutions, Médias (JIM).

Quelle(s) mémoire(s) du conflit dans le monde contemporain ?

Université de Poitiers, 8-10 septembre 2021

 

Ce colloque s’inscrit dans la continuité de trois journées d’études organisées ou coorganisées par le laboratoire MIMMOC entre 2017 et 2019 (« Démocratie et résolution de conflits internes : aspects théoriques et rôle(s) des médias », « L’(auto)dérision dans le conflit : modalités, enjeux, limites », « Discours médiatiques en situation post-conflictuelle »), à l’occasion desquelles le thème de la gestion du conflit et du post-conflit fut abordé dans une approche comparative, à partir d’aires géographiques et de disciplines différentes.

Le post-conflit, que l’on peut définir comme la période de transition entre des phases d’affrontements et de vivre-ensemble ou de réconciliation, est un temps particulièrement intéressant si l’on considère, par exemple, que les cinq ans consécutifs à la fin d’un conflit armé comportent un risque élevé de résurgence de la violence (Collier : 2003). Les sorties de guerre civile ou les transitions entre dictature et démocratie montrent également qu’un glissement de la violence physique vers l’espace symbolique du discours est fréquent et que la construction d’une paix positive est souvent reléguée à un second plan, face aux intérêts des anciens détenteurs du pouvoir et des formations politiques émergentes. Le post-conflit ne saurait, toutefois, être limité à la seule étude des nouveaux rapports de forces.

La mise en place de commissions vérité et réparation (en Amérique du Sud et dans les Balkans notamment), de lieux de mémoire (à la fois officiels et non officiels, selon que les différents groupes adhérent ou non au projet de société proposé) ou d’actions destinées à faciliter la catharsis collective et surmonter le stress post-traumatique en sont des exemples.

Les enjeux liés à la construction d’une société démocratique, plurielle, multiculturelle et soutenable d’un point de vue économique et environnemental nous invitent à poursuivre la réflexion dans le cadre d’un colloque qui regroupera des chercheurs et chercheuses de tous les horizons, des associations et des ONG, ainsi que des partenaires du Coimbra Group.

Ce colloque s’intéressera à la construction – ou non – d’une paix positive par les institutions, les médias, la justice et la société lors de la phase de post-conflit (qu’il s’agisse d’un conflit armé, politique, social, sanitaire ou écologique), tout comme à la réception et à la prise en compte postérieure du conflit, œuvrant ainsi à l’élaboration de différents types de « mémoires du conflit ».

Les ateliers favoriseront la réflexion, l’échange et la confrontation de points de vue autour des thèmes suivants :

  1. Institutions : la « paix positive », une utopie ?

A partir de la distinction qu’établit Johan Galtung entre la « paix négative » (qui équivaut à l’absence de violence) et la « paix positive » (que l’on pourrait définir comme une démarche de lutte contre la violence structurelle de la société, soit une démarche de justice sociale), ce panel s’interrogera sur les initiatives destinées à favoriser la stabilité sociale et économique des démocraties jusque dans le milieu des années 1970, puis sur la faillite de l’utopie socio-démocrate qui a notamment conduit à une « retribalisation » des sociétés (McLuhan: 1968). La résurgence des nationalismes et des radicalismes politiques, ou encore la multiplication des conflits sociaux au cours des dernières décennies, invitent à une révision critique du passé : quel rôle peuvent encore jouer les organismes de coopération internationale dans la construction de la paix ? Une approche diamétralement opposée, fondée sur la démocratie participative et une approche locale des problèmes, doit-elle être envisagée ? De nouveaux réseaux de coopération sont-ils nécessaires ?

  1. Justice transitionnelle : outils, principes et nouveaux champs d’action

Ce panel aura pour but de présenter les outils de la justice transitionnelle, dont le but est de favoriser la reconstruction des sociétés après des épisodes de violence, grâce à la création de commissions vérité et réconciliation ou de politiques de reconnaissance des victimes. À partir de retours d’expériences menées dans différents contextes, il mettra en exergue les réussites et les limites de la justice transitionnelle et s’interrogera sur ses nouveaux champs d’action. Les processus de réhabilitation des acteurs de conflits sociaux (comme les mineurs grévistes d’Ecosse ou de France dans les années 60) font de la justice transitionnelle un instrument désormais ouvert sur des réalités sociales beaucoup plus larges, qui interpelle notamment sur les pratiques autoritaires constatées dans certains régimes démocratiques.

  1. Médias : d’acteurs des conflits à lieux de mémoire

Envisagée sous l’angle discursif, la situation de l’après-conflit se caractérise par la relecture et la réécriture des événements passés, l’adoption de nouvelles stratégies médiatiques et la formulation d’un discours visant à changer les attitudes et croyances ayant sous-tendu le conflit. Faire la paix avec l’ennemi implique, en effet, de le reconnaître dans son humanité et en tant qu’interlocuteur légitime. Ce panel se propose d’étudier, à partir d’études empiriques, les évolutions terminologiques et sémantiques caractérisant les discours médiatiques de l’après-conflit, tout comme les initiatives de peace journalism menées depuis le début des années 90 dans différents pays. Il s’intéressera également aux opportunités offertes par les nouvelles technologies de l’information et de la communication dans une perspective de mise en place de réseaux internationaux de solidarité : ces nouveaux médias peuvent-ils conduire à un empowerment de la société civile ?

  1. Education, ONG, médiateurs : retours d’expérience sur la transition positive des conflits

La définition de la « paix positive » en tant que justice sociale implique de se pencher, enfin, sur les politiques sociales d’éducation, de santé et de protection de l’environnement -toutes aussi importantes pour la construction de la paix que les politiques militaires. Les retours d’expérience découlant de la mise en place de plan d’éducation à la paix dans les Balkans ou au Pays basque nous inviteront à nous interroger sur leur éventuelle transposabilité dans d’autres contextes. L’intervention d’acteurs civils (tels que membres d’ONG, médiateurs culturels, etc.) permettra aussi d’évoquer la construction de la paix dans une dimension plus inclusive, en cohérence avec l’objectif de pérennisation de la paix définie par l’ONU dans le cadre de son Agenda 2030 du développement durable.

Les propositions de communications (en français ou en anglais) doivent être adressées avant le 31 mars 2021 à : helene.yeche@univ-poitiers.fr et ludivine.thouverez@univ-poitiers.fr

Le colloque aura lieu sur 2 jours à Poitiers. Compte tenu des conditions sanitaires dérivant de l’épidémie du COVID, il pourra éventuellement avoir lieu à distance.

 

Bibliographie non exhaustive

  • Barragán Medero, Fernando; Maćkowicz, Jolanta; Szarota, Zofia; Pérez-Jorge, David. Educación para la paz, la equidad y los valores. Barcelona: Octaedro, 2020.
  • Cario, Robert ; Mbanzoulou, Paul (eds.), La justice restaurative : une utopie qui marche ? Paris : L’Harmattan, 2010.
  • Collier, Paul et al.Breaking the Conflict Trap: Civil War and Development Policy, New York, Oxford University Press, 2003.
  • Dasandi, Niheer. ¿Is failing democracy? London: Thames and Hudson, 2018.
  • Galtung, Johan. Peace by Peaceful means. Peace and conflict, Development and Civilization. Oslo: International Peace research Institute, 1996.
  • Foucault, Michel. Surveiller et punir. Paris : Gallimard, 1975.
  • Habermas, Jürgen. Droit et démocratie. Entre faits et normes. Paris : Gallimard, 1997.
  • Keeble, Richard; Tulloch, Johan and Zollmann, Florian. Peace Journalism, War and Conflict Resolution. London: Peter Lang, 2010.
  • Mabiala, Ruffi Viclère. La justice dans les pays en situation de post-conflit. Paris : L’Harmattan, 2009.
  • Marshall McLuhan; Fiore Quentin. War and Peace in the Global Village. New York: Bantam, 1968.
  • Goirand, Camille; Müller, Angélica (eds). Documenter les violences : Usages publics du passé dans la justice transitionnelle. Paris : IHEAL CREDA, 2020.
  • Gómez Gil, Carlos. Debates y controversias en la cooperación al desarrollo. Fondos privados de ayuda, acuerdos neocoloniales y ayuda a refugiados. Alacant: Publicacions Universitat. 2020.
  • Massias, Jean-Pierre. « Les conflits sociaux, nouveau champ de la justice transitionnelle ? », 9/10/2020. URL : https://www.justiceinfo.net/fr/45624-conflits-sociaux-nouveau-champ-justice-transitionnelle.html
  • Nora, Pierre (dir.). Les lieux de mémoire. Paris : Gallimard, 1997.
  • Przeworski, Adam; Alvarez, Michael; Cheibub, José Antonio; Limongi, Fernando. Democracy and development: political institutions and well-being in the world 1950-1990. Cambridge: University Press. 2000.
  • Sanjuan Andres, Francisco Javier. Democracia participativa en perspectiva multinivel. Madrid: Comares, 2020.
  • Shradie, Jen. The revolution that wasn’t: How digital activism favors conservatives. Harvard: University Press, 2019.
  • Stiegler, Barbara. De la démocratie en pandémie. Paris : Gallimard (coll. Tract 23), 2021.
  • Webel Charles; Galtung Johan (eds). Handbook of peace and conflict studies. New York: Routledge, 2007.

 

 

CALL FOR PAPERS

After Crisis / Post-conflict context: Justice, Institutions, Media (JIM).

Which memory/memories of conflict in the contemporary world?

University of Poitiers, September 810, 2021

This symposium is based on three one-day conferences organized or co-organized by the research unit MIMMOC (MSHS Poitiers University) between 2017 and 2019 and entitled “Democracy and internal conflict resolution: theoretical aspects and role(s) of the media”, “(Self-)derision in conflict: modalities, stakes, limits”, “Media discourse in post-conflict situations”, during which the themes of conflict and post-conflict management were analyzed in a comparative approach, from different geographical areas and disciplines.

Post-conflict, which can be defined as the transition between phases of confrontation and times of cohabitation or reconciliation, is a particularly interesting period – considering, for example, that there is a high risk of a resurgence of violence in the five years following the end of an armed conflict (Collier: 2003). The end of a civil war or the transition from dictatorship to democracy also show that a shift from physical violence to the symbolic space of discourse is commonplace, and that the building of a positive peace is often relegated to the background, in the face of the interests of former power holders and emerging political factions.

Post-conflict cannot, however, be limited solely to the study of new political power relations. The setting up of truth and reparation commissions (in South America and the Balkans in particular), the building of vehicles for memory (both official and unofficial, depending on whether the various groups adhere to the proposed social project) or actions designed to facilitate collective catharsis and overcome post-traumatic stress are examples of conflict management.

The challenges related to the construction of a democratic, pluralistic, multicultural and sustainable society, from an economic and environmental point of view, invite us to further our research within the framework of a symposium bringing together researchers from all walks of life, associations and NGOs, as well as partners from the Coimbra Group of European universities.

This conference will focus on the construction – or otherwise – of positive peace by institutions, the media, the judiciary, and society at large, in the post-conflict phase (whether dealing with an armed, political, social, health or environmental conflict), as well as on interpretations or subsequent readings of the conflict, thus working towards the elaboration of different types of « memories of the conflict ».

 

The workshops will promote reflection and exchange of views on the following themes:

  1. Institutions: is « positive peace » a utopia?

Based on the distinction drawn by Johan Galtung between ‘negative peace’ (which corresponds to the absence of violence) and ‘positive peace’ (which could be defined as an approach to eliminate structural violence in society, i.e., a social justice approach), this panel will examine the initiatives designed to promote the social and economic stability of democracies up until the mid-1970s, and then the failure of the social-democratic utopia which led to the ‘retribalisation’ of societies (McLuhan: 1968). The resurgence of nationalism and political radicalism, or the multiplication of social conflicts in recent decades, invite a critical review of the past: what role can international cooperation agencies still play in peace-building processes? Should a diametrically opposed approach, based on participatory democracy and a local approach to problems, be adopted? Are new cooperation networks needed?

  1. Transitional justice: tools, principles, and new fields of action

This panel will present the tools of transitional justice, which aims to promote the reconstruction of societies after episodes of violence, through the creation of truth and reconciliation commissions or victim recognition policies. Based on feedback from experiences in different contexts, researchers will highlight the successes and limitations of transitional justice and discuss its new fields of action. The processes of rehabilitation of communities involved in social conflicts (such as the striking miners in Scotland or France in the 1960s) have made transitional or restorative justice an instrument that is now open to wider social realities, which raises the question of the authoritarian practices observed in some democratic regimes.

 

  1. Media: from players in conflicts to vehicles for memory

Viewed from a discursive perspective, the post-conflict situation is characterized by the re-reading and re-writing of past events, the adoption of new media strategies and the formulation of a discourse aimed at changing the attitudes and beliefs that strengthen the conflict. Indeed, making peace with the enemy implies recognizing him/her as a legitimate interlocutor and recognizing his/her humanity. Based on empirical studies, this panel proposes to analyze the terminology and semantics used by mass media in some post-conflict contexts, and to determine the effectiveness of peace journalism initiatives carried out since the early 1990s. It will also evaluate the opportunities offered by the new information and communication technologies in the raising up of international solidarity networks: can these new media lead to the empowerment of civil society?

  1. Education, NGOs, mediators: Feedback on positive conflict transitions

The definition of ‘positive peace’ as social justice implies focusing on social policies of education, health, and environmental protection – as important in peace-building process as military policies. Feedback from the implementation of peace education plans (i.e., in the Balkans, Basque Country, etc.) will invite us to consider their possible transferability to other contexts. In line with the 2030 Agenda for sustainable development of the United Nations, the participation of civilians, such as members of NGOs or cultural mediators, will also lead us to discuss about peacebuilding in a more inclusive dimension.

Papers may be submitted in French or in English. The proposals must be sent before March 31st, 2021, to: helene.yeche@univ-poitiers.fr and ludivine.thouverez@univ-poitiers.fr.

The conference will be held over two days, in Poitiers. Due to the COVID-19 pandemic, the conference may be organized remotely.

 

Non exhaustive bibliography

  • Barragán Medero, Fernando; Maćkowicz, Jolanta; Szarota, Zofia; Pérez-Jorge, David. Educación para la paz, la equidad y los valores. Barcelona: Octaedro, 2020.
  • Cario, Robert ; Mbanzoulou, Paul (eds.), La justice restaurative : une utopie qui marche ? Paris : L’Harmattan, 2010.
  • Collier, Paul et al.Breaking the Conflict Trap: Civil War and Development Policy, New York, Oxford University Press, 2003.
  • Dasandi, Niheer. ¿Is failing democracy? London: Thames and Hudson, 2018.
  • Galtung, Johan. Peace by Peaceful means. Peace and conflict, Development and Civilization. Oslo: International Peace research Institute, 1996.
  • Foucault, Michel. Surveiller et punir. Paris : Gallimard, 1975.
  • Habermas, Jürgen. Droit et démocratie. Entre faits et normes. Paris : Gallimard, 1997.
  • Keeble, Richard; Tulloch, Johan and Zollmann, Florian. Peace Journalism, War and Conflict Resolution. London: Peter Lang, 2010.
  • Mabiala, Ruffi Viclère. La justice dans les pays en situation de post-conflit. Paris : L’Harmattan, 2009.
  • Marshall McLuhan; Fiore Quentin. War and Peace in the Global Village. New York: Bantam, 1968.
  • Goirand, Camille; Müller, Angélica (eds). Documenter les violences : Usages publics du passé dans la justice transitionnelle. Paris : IHEAL CREDA, 2020.
  • Gómez Gil, Carlos. Debates y controversias en la cooperación al desarrollo. Fondos privados de ayuda, acuerdos neocoloniales y ayuda a refugiados. Alacant: Publicacions Universitat. 2020.
  • Massias, Jean-Pierre. « Les conflits sociaux, nouveau champ de la justice transitionnelle ? », 9/10/2020. URL : https://www.justiceinfo.net/fr/45624-conflits-sociaux-nouveau-champ-justice-transitionnelle.html
  • Nora, Pierre (dir.). Les lieux de mémoire. Paris : Gallimard, 1997.
  • Przeworski, Adam; Alvarez, Michael; Cheibub, José Antonio; Limongi, Fernando. Democracy and development: political institutions and well-being in the world 1950-1990. Cambridge: University Press. 2000.
  • Sanjuan Andres, Francisco Javier. Democracia participativa en perspectiva multinivel. Madrid: Comares, 2020.
  • Shradie, Jen. The revolution that wasn’t: How digital activism favors conservatives. Harvard: University Press, 2019.
  • Stiegler, Barbara. De la démocratie en pandémie. Paris : Gallimard (coll. Tract 23), 2021.
  • Webel Charles; Galtung Johan (eds). Handbook of peace and conflict studies. New York: Routledge, 2007.

 

Recherche

Menu principal

Haut de page